Les Baux de Provence

La départementale 99, la « main »

Aujourd’hui, gros programme : on s’en va aux Baux-de-Provence. J’en rêve depuis toujours!

On se dirige vers l’ouest, sur une route qui va devenir la main pour nous pour un certain temps. Cette départementale, la 99, traverse Saint-Rémy et se rend directement à Tarascon, et nous permettra aussi de nous diriger rapidement vers Arles, Nîmes, la Camargue, etc.

Le moulin de Daudet

Il y a tout un tas de petits villages, tous intéressants, qui jalonnent la D99. Aujourd’hui, notre première conquête sera Fontvieille. Ben oui, le village fétiche d’Alphonse Daudet, celui qui lui a inspiré l’écriture des Lettres de mon moulin. Je dis bien inspiré, parce que Daudet a rédigé tout ça dans la quiétude de la banlieue parisienne. N’empêche que son séjour au château de Montauban et ses errances aux moulins qui parsèment l’endroit l’ont bien servi au moment de relater les aventures de la chèvre de M. Séguin et surtout, de maître Cornille.

Fontvieille

Fontvieille vit au rythme du legs de Daudet. Visitez le moulin de Daudet, dans un état de conservation exceptionnel, lui qui domine la plaine et d’où nous pouvons voir les quatre éoliennes géantes qui parsèment (altèrent?) le paysage. Voyez aussi cet autre moulin, dont le nom m’échappe mais qui était certainement son favori puisqu’il était le plus près du château de Montauban, où Alphonse avait ses entrées. C’est juste qu’il est abandonné depuis plus longtemps que le premier, alors ce n’était pas commode de le restaurer. Ah oui, visitez le château, tant qu’à y être et s’il est ouvert. Il ne l’était pas. Ne manquez pas non plus les deux autres moulins, encore plus suspects d’avoir inspiré Daudet, mais dans un état de ruine plus avancé.

Le manoir de Montauban à Fontvieille

Bref, Fontvieille, c’est sympa, mais c’est Daudet mur-à-mur. À croire qu’il ne s’est rien passé là qui vaille la peine d’être relaté avant le passage, bien éphémère, du conteur. Étonnant. Mais c’est joli, comme partout ailleurs.

Suivant les recommandations fantaisistes du Guide vert Michelin, on continue vers notre destination première, le village des Baux-de-Provence. Je dis fantaisiste, parce qu’à Saint-Rémy nous sommes à 6 km des Baux. On pourrait y aller à pieds facile. Mais Michelin insiste pour qu’on fasse un immense détour par la D99, la 17 (de mémoire) et l’ensemble des villages qui les parsèment dans son itinéraire suggéré. Vous savez quoi? À l’exception du moulin, ça n’en vaut pas vraiment la peine. Mais c’est plaisant de rouler lentement entre deux rangées de platanes, alors on s’en fout et on fait le grand tour.

Les Baux : grimpe pas chez moi!

Les Baux de Provence

Alors on viraille jusqu’à Paradou et son cimetière surréaliste, pour enfin aboutir aux Baux. Et là, mes amis, ça fesse en estie.

Y’a pas grand-chose à dire pour décrire l’émerveillement que l’on ressent en abordant l’endroit. C’est vertical, rien de moins. L’émerveillement se transforme en admiration pour l’intelligence des seigneurs des Baux lorsqu’on prend place sur le plateau supérieur après avoir acquitté les droits de visite du château, ou plutôt de ce qui en reste. On comprend très facilement pourquoi les châtelains qui s’y sont succédé ont réussi à tenir tête aux divers roi, roitelets et consorts qui ont voulu les soumettre. Les seigneurs des Baux se considéraient au-dessus des lois, n’acceptaient de se soumettre à personne, et ça duré très longtemps.

Vous voulez savoir pourquoi? La géographie des lieux, mes amis, la géographie. Je devrais dire plutôt la topographie, mais enfin. Perchés au-dessus de la rambarde qui nous empêche de nous précipiter dans le vide, on prend toute la mesure de l’insaisissabilité de la place. Ces gens-là savaient se placer hors de portée des coups durs, pas de doute. Ça coupe le souffle. Où qu’on porte le regard, on domine la plaine environnante. Et rien ne permet d’approcher la citadelle, l’hélicoptère n’ayant pas encore été rendu disponible aux divers rois de France.

La visite du village nous rappelle celle des autres villages perchés que nous avons visités jusqu’à maintenant, mais celle du château nous laisse sans voix.

Ce château, mi-troglodyte puisque creusé à même le calcaire du plateau, et mi-bâti en utilisant les ressources abondantes des carrières avoisinantes, voire en dévalisant les villes romaines des alentours (voir Glanum), devait en son temps s’inscrire avec arrogance dans le paysage. On ne se demande même pas pourquoi Richelieu se fendit en quatre pour faire détruire presque complètement le château et son fief afin de se débarrasser définitivement de la menace des seigneurs des Baux.

De la belle ouvrage, comme dirait l’autre. Il ne reste presque plus rien, mais ce qui subsiste témoigne avec force de l’immense inexpugnabilité de l’endroit, si j’ose m’exprimer ainsi. Et j’ose le faire.

Nous terminons la visite 5 minutes avant la fin, les madames sont parties après nous pour récupérer les audioguides et There a refusé de monter jusqu’en haut… Le vertige a eu raison de sa détermination!

Au retour, blanquette de veau Caujolle-Bert aux vraies herbes de Provence!

– Pitché dans le blog avec mon iPad!