Daoust vs. le système de justice

Il y a des choses dans la vie qui sont plus importantes à mes yeux que d’autres, comme l’honnêteté et le sens éthique. C’est pourquoi il me semble important d’enfoncer un clou ce matin.

Vous avez vu que le PM Couillard a décidé cette semaine d’éliminer les impromptus de presse pour empêcher ses ministres (tout le monde aura compris qu’il visait directement Bolduc, parmi d’autres moins performants que lui « au niveau » des pieds dans la bouche systématiques). À mon avis, la véritable raison de l’élimination de cette source de problèmes potentiels pour l’image du gouvernement se trouve ailleurs que dans les seules frasques de Bolduc au sujet de la fouille à nu. Il semble avoir pas mal de compétition au sein du cabinet ministériel.

Vous avez entendu les déclarations du très discret ministre de l’Économie, Jacques Daoust, au sujet des poursuites déposées par la GRC contre SNC Lavalin? M. Daoust est devenu presque aussi bon que l’original en matière de pied dans la bouche. Il ne lui reste qu’à acquérir l’assurance nécessaire à la répétition de l’exploit à chaque intervention publique, mais le PM vient de lui retirer l’opportunité de s’améliorer en cette matière en supprimant les scrums.

Vous avez lu cet article du Devoir? Non? Alors allez-y tout de suite, il est ici. Je vais vous attendre. C’est important de le lire, car grâce aux frasques du sinistre de l’Inéducation Bolduc au sujet de la fouille à nu, il est largement passé sous le radar et les propos qui y sont répétés sont proprement ahurissants.

Vous êtes revenus? Bravo.  À table, maintenant.

Rappel au ministre Daoust : il n’y a pas que l’économie dans la vie. Il y a aussi la criminalité, et ça, c’est la job de quelqu’un d’autre, ne vous en déplaise. Celle de la police et des tribunaux.

La stratégie du gouvernement consiste à « se faire rembourser des sommes […] perçues de façon incorrecte » par SNC-Lavalin ou d’autres firmes, a ajouté le ministre libéral, faisant référence au projet de loi 26. Ce projet vise la récupération de sommes obtenues à la suite de fraudes ou de manoeuvres dolosives dans le cadre de contrats publics. « La loi 26 aura probablement été suffisante. Maintenant, la GRC en a décidé autrement. C’est une décision qui leur appartient », a conclu M. Daoust »

« Je mesure mon propos en vous disant que je suis surpris », a laissé tomber M. Daoust, lors d’un point de presse jeudi. « SNC-Lavalin, on a pu lui reprocher des choses et on peut avoir des dirigeants qui ont posé des gestes répréhensibles, mais la société que vous avez actuellement est éminemment correcte », a-t-il ajouté.

Ce ministre aurait avantage à réfléchir avant de s’exprimer publiquement, à moins qu’il ne lorgne avec avidité la couronne du sinistre de l’Inéducation. Comment, au juste, SAIT-il ce qu’il SAIT? Il n’a manifestement pas besoin des enquêteurs de l’UPAC ou de la GRC pour se faire une opinion! Peut-être a-t-il bénéficié de la même formation en SAVOIR que ses collègues des Finances, du Trésor et du trio tragico-comique des médecins?

L’enquête de la GRC ne porte pas sur le présent de la firme, mais sur le passé. Les faits reprochés à SNC-Lavalin et ses filiales se sont produits sur une période de dix ans, entre août 2001 et septembre 2011.

Les criminels, habituellement, sont poursuivis et jugés pour des actes commis dans le passé. Et ce n’est pas parce qu’ils acceptent (par l’application d’une loi promulguée à cette seule fin, la Loi 26) de rembourser UNE PARTIE de ce qu’ils ont extorqué au bon peuple qu’ils ne sont plus des criminels pour autant.

Voilà, n’en déplaise à ce gouvernement, comment fonctionne encore le système de justice de ce pays. Si cette firme est devenue un fleuron en fourrant le bon peuple partout où elle est passée, ce n’est pas le problème du bon peuple en question. Qu’elle paie pour ses actes. Comme Lacroix, Magnotta, Enron, les Hell’s et un certain nombre d’autres criminels, dont les actions répréhensibles sont pourtant aussi, la plupart du temps, dans le passé…

Et que pensez-vous de l’éthique, M. Daoust? Vous non plus ne connaissez pas le sens de ce mot? Ne vous inquiétez pas pour ce « fleuron », qui n’en est devenu un qu’à force de malversations. Le trou laissé vacant sera bien vite rempli et surtout, il se trouvera toujours des bandits prêts à tout pour remplir les coffres de votre parti. Et des autres.