Au revoir, Monsieur Bertrand…

Décidement, nous vivons une très grosse année. There et moi avons perdu les trois parents qui étaient encore avec nous en quelques mois. Mon beau-père était un homme simple et sympathique, aimé de tous. À près de 99 ans, il vivait toujours seul en appartement dans une habitation pour retraités autonomes! J’ai encore en mémoire les innombrables et longues soirées que j’ai passées avec lui dans le grand garage double qu’il avait construit de ses propres mains. J’y travaillais sur le vieux Mustang de There, sur notre Rabbit ou plus souvent sur ce long projet de reconstruction entière de ma Yamaha Seca. M. Bertrand, comme nous l’appelions tous, nous les beaux-frères et belles-sœurs, n’était vraiment lui-même que dans ce garage, dans un désordre incroyable d’où il savait exactement où pouvait se trouver chaque minuscule pièce dont je pouvais avoir besoin. Il me regardait travailler et m’offrait son aide à chaque fois qu’il constatait que je prenais le mauvais chemin, ce qui arrivait bien sûr souvent.

J’ai un souvenir ému de chacun de ces soirs, ou parfois Maurice venait ajouter son aide bienveillante à celle de son père pour résoudre un problème plus pointu, au son craquelant du vieux poste de radio AM perché, hors de portée, à 10 pieds dans les airs et bloqué sur la station du coin de la rue, CHRC. Combien de fois ai-je ainsi écouté une partie de golf ou une joute de tennis avec mon beau-père, je ne saurais le dire.

Mais j’aime à penser que ces moments privilégiés, seul avec lui pendant de longues heures à « gosser » dans SON garage, ont contribué à créer entre nous un lien particulier que j’ai mis du temps à réaliser. M. Bertrand était un homme de très peu de mots, pas très porté sur les épanchements. Mais j’ai compris par ses gestes, son attitude, sa façon d’agir avec moi, qu’il m’aimait bien. Je crois même qu’il m’aimait tout court, et je le lui rendais certainement. L’affection qu’il me portait était devenue plus manifeste ces dernières années, et j’en étais très heureux.

Adieu M. Bertrand, on se reverra peut-être de l’autre côté. Je vous apporterai un problème de mécanique à résoudre pour passer le temps.